
Sur le chemin des petits cailloux
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Si vous allez dans un cimetière juif à Montréal, vous remarquerez des cailloux posés sur les pierres tombales. Étrange coutume se dit-on, cependant pas plus spéciale que déposer des fleurs. Les fleurs, c’est beau, ça sent bon, c’est coloré, tandis qu’un caillou… Mais pour ma part, ce petit caillou m’émeut (ce qui ne m’empêche pas d’apprécier les fleurs). On dit qu’à chaque visite au cimetière, un caillou est déposé pour signifier au défunt que quelqu’un est venu le voir. Je trouve que le caillou est moins pompeux que les fleurs (sans compter que ces dernières fanent contrairement au caillou). Ce petit galet a peut-être des milliers d’années. Il doit bien avoir une petite idée sur l’éternité. Il dure, peu importe les intempéries, des civilisations passent, pas lui. Il est une incarnation de la matière qui dure. La mort essaie de lui faire concurrence avec ses os, mais c’est le caillou qui gagne toujours. Il reflète le simple bonheur d’être là, en tout abandon. Son silence rejoint celui du défunt. Parce que l’allégorie est belle, j’irai déposer un caillou sur la tombe de mes parents. J’apporterai aussi des fleurs, question de ne pas les dépayser. Mais encore, pourquoi pas des bonbons, « parce que les bonbons, c’est tellement bon ».
Guy Marchamps est né à Trois-Rivières. Il écrit de la poésie depuis 50 ans. Il en lit tous les jours. Il ne collectionne rien. Il aime ceux qui aiment la poésie. Les autres aussi, mais un peu moins. Un grand poète inconnu a écrit il y a 4500 ans l’épopée de Gilgamesh. La poésie a la couenne dure.
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