
Id noires
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72 planches dessinées à seize mains sur l’exil, partant du point de vue des premiers concernés. Des rencontres, d’abord fragiles et franches puis franchement enthousiastes, libératrices. Une volonté de raconter ensemble, sans savoir très bien où on va, dans un geste partagé contre le silence, contre les séparations imposées par l’administration, la précarité, la violence institutionnelle. Le résultat est percutant, peu bavard mais éloquent, magnifique : voici ID Noires, un livre qui fait du bien, un livre sur l’exil qui dit les termes… mais en dessins.
Le Studio Baraka est monté en 2020 par quatre étudiants en BD et illustration à l’ESA Saint-Luc et quatre artistes demandeurs d’asile engagés dans la Voix des Sans-Papiers, collectif militant bruxellois.
Au cours de leurs ateliers s’échangent des images, des rires, des colères, de la tristesse. Leurs récits écrits dans une circulation constante entre témoignage, détours poétiques, fragments documentaires et expérimentations graphiques, donnent lieu à un fanzine, un journal, des résidences et expositions...
En prenant des formes hybrides - carnet de bord, récit choral, collage de paroles et d’images – leur langage graphique commun accueille la pluralité des expériences sans aplanir les différences, traversant l’intimité, la politique et la révolte.
On raconte trop souvent sur au lieu de faire avec, simplifiant l’exil en une seule ligne narrative ou un seul visage emblématique, avec un regard extérieur compassionnel et réducteur. ID Noires préfère l’honnêteté de ne pas tout savoir mais de faire ensemble. Le dessin déplace le regard, montre ce que les formulaire et les mots administratifs écrasent : l’attente, les allers sans retour, les batailles incessantes contre une bureaucratie dissuasive.
ID Noires est une promesse tenue, une BD comme un droit à raconter sa propre histoire sans se la voir confisquer. Cette BD s’inscrit dans une tradition qui ne sépare pas la poésie de la politique ni l’expérimentation graphique de l’expérience vécue. Elle témoigne que la beauté peut naître de la colère, et que dessiner ensemble est un acte de résistance.

Composé d’Alberto Isifin Tchama, de Margot Préham, de Halidou Ouandaogo, de Mamadou Taslim Diallo, de Thierno Dia, d'Amandine Bertholet, d'Agustin David Llosa et de Simon Boillat, le Studio Baraka est né en 2020 de la rencontre entre quatre artistes de la Voix des Sans-Papiers et quatre auteurs émergents issus de l’ESA Saint-Luc. D’ateliers collectifs en résidences, Studio Baraka réalise chaque planche à seize mains, travaillant à raconter l'exil et l'aventure absurde pour la course à l'obtention des papiers. Ses membres se sont d’abord réunis entre les murs de la Voix des Sans-Papiers à Bruxelles, puis ont notamment travaillé en résidence et été exposés par le Centre Belge de la Bande Dessinée en 2024. Le collectif a obtenu le prix Hors cases 2023, décerné par la Sofia dans le cadre de Lyon BD, qui récompense une œuvre participant au décloisonnement de la bande dessinée. Studio Baraka est étroitement lié au projet « Exil.s et création.s », un groupe de réflexion pluridisciplinaire qui creuse les enjeux des projets culturels impliquant des personnes sans papiers.
NB : Les prix indiqués sont sujets à changements sans préavis.

