
Sermons (Les)
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Ouvrage fondateur de notre langue, monument de la littérature
universelle, les Sermons de Bossuet n’ont fait l’objet d’aucune édition
depuis un siècle. En voici l’intégralité. La gloire de ces Sermons
tient un éclat auquel nulle autre oeuvre ne saurait atteindre. En une
relation analogue à celle de Cicéron avec le latin, l’oeuvre oratoire de
Bossuet constitue ce coeur historique où le génie d’un homme donne ses
fondations définitives à l’excellence d’une langue. Ses tournures, ses
inventions, son réexamen des usages, son souffle n’ont ainsi cessé
d’inspirer les hommes – tandis que Littré illustre constamment de cette
voix son Grand Dictionnaire. Puisant au fond des âges pour
nourrir l’élévation du siècle, « l’Aigle de Meaux » conjoint le latin,
le grec et l’hébreu au sein d’un verbe dont les éblouissantes
substructions, par sa parole, sont devenues l’architecture de la nôtre.
« Bossuet imite les prophètes, car prophète lui-même, dit Lamartine, il
donne à sa langue la hauteur, l’autorité, l’antiquité et la divinité de
l’Ancien Testament » : l’accent de l’hébreu et la force de ses images
passent avec lui dans le français « qui se moule, colossal, sur le génie
incorrect et démesuré de ce Michel-Ange de notre langue ».
Les
Sermonssont l’oeuvre d’une vie : Bossuet n’avait que 20 ans quand,
bouleversant ses professeurs, il prêcha pour la première fois ; et il
prêcha jusqu’à son dernier souffle. Il prononça ses sermons devant la
cour aussi bien que devant ses humbles paroissiens. Placé aux plus
hautes fonctions par le génie et non par l’intrigue, l’humilité et la
force tissent sa personnalité : Mme de La Fayette le décrit ainsi «
l’homme le plus doux et le plus franc qui ait jamais été mis à la cour
», et l’admiration de La Bruyère lui donne la réputation d’un Père de
l’Église.
Ces sermons suivent le temps liturgique ; il en
est donc un pour chaque jour, pour chaque épreuve, pour chaque
circonstance. Ils accompagnent l’existence. Ils prennent parfois la
forme de « panégyriques » lorsqu’ils font le portrait d’une haute figure
de sainteté. Et, à dix célèbres reprises, les sermons devinrent telle
oraison funèbre dont les événements commandèrent le devoir. Que ce soit
pour vivre, aimer ou souffrir, pour admirer ou mourir, la parole
parfaite de Bossuet souffle. Car il est « le plus grand maître de la
prose française : son langage contient tous les canons de notre parler.
C’est une force, une clarté, une majesté qui baignent l’âme de lumière
et la transportent de joie » (Claudel). Portant en lui cet humanisme
qu’il invente et pour qui l’universel entend aller d’Athènes à Jérusalem
afin de renaître romain en France, Bossuet érige pendant le Grand Siècle
une totalité inouïe au sein de laquelle notre langue reçoit d’un trait
son foisonnement et sa rationalité, son émotion, sa précision et sa
maturité. En avançant ne fût-ce que de quelques pas dans cette étendue,
l’on comprend vite que la « langue de Molière » est, en réalité, celle
de Bossuet.
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