Soleil dans une pièce vide

Soleil dans une pièce vide

Esteban, Claude  
Hopper, Edward (Scénarisé par) 
  • Éditeur : Unes
  • Collection : Hors-collection
  • EAN : 9782877043083
  • Format : Broché
  • Pages : 168
  • Prix : 46,95 $
  • Paru le 16 février 2026

Soleil dans une pièce videest un voyage unique dans la peinture d’Edward Hopper. Un voyage à la fois étrange et familier, tant les tableaux du peintre américain ont imprégné la culture populaire, dont les images fortes font aujourd’hui partie d’un patrimoine commun. Claude Esteban opère avec cette succession de courtes scènes une approche à rebours du regard critique, on pourrait au contraire dire qu’elle ressemble – à sa façon – à l’approche des objectivistes américains : il s’agit plus de décrire que d’imaginer, ou plus précisément d’imaginer par la description. Il s’agit d’être attentif à un détail, un vêtement, une atmosphère, une expression, une lumière, aux contours des êtres – et d’atteindre ainsi l’intériorité par le contour. En approches successives, délicates, comme des touches de peinture, mais par les mots. On se promène dans cette cinquantaine de tableaux familiers en revisitant la mythologie américaine du XXe siècle, des polars de Dashiell Hammett aux vedettes hollywoodiennes des années 1950, on passe du sud rural aux lumières de Broadway, avec cet homme et cette femme accoudés en oiseaux de nuits au comptoir d’un café, ce couple qui s’explique sous la lampe blafarde d’une terrasse en bois, ces deux femmes qui partagent un chop suey au restaurant, ou la lumière du soleil qui vient traverser une pièce vide. Le paradoxe de ce livre est que les images suffisent, et que c’est précisément parce qu’elles suffisent qu’elles possèdent la charge suffisante d’émotion, de suggestion, de réalité, pour passer dans les mots, pour devenir avec les mots ce que la peinture fait d’elles : des histoires. Esteban fait vivre ces personnages, il révèle ce qu’il se passe au moment de la toile, met à jour ce qui précède et ce qui va suivre, dans la saisie de l’instant. Il trouve des gestes, des habitudes, des émotions à ces hommes et femmes. Tout, le décor, les vêtements, les objets, participe d’une attention aux êtres qui vient souligner avec une grande prévenance leur solitude. En leur donnant des mots, il leur donne une épaisseur, une vie insoupçonnée. Il soulève simplement le voile d’évocation des images pour révéler tout leur drame, tout le mystère de leur présence. Claude Esteban nous restitue le mystère des êtres, nous y donne accès sans pourtant jamais le révéler tout à fait dans un jeu merveilleux d’ombre et de lumière.

AUTEUR(S)

Claude Esteban est né à Paris en 1935. Véritable homme de poésie, il fonde en 1973 la mythique revue Argile aux éditions Maeght, qui pendant près de dix ans cultivera les liens entre poètes et artistes parmi les plus importants de leur temps, et donnera une place capitale à la poésie traduite. Il fonde également la collection poésie chez Flammarion en 1983, qu’il anime jusqu’en 1993. Son œuvre comprend une vingtaine de recueils de poésie publiés chez Flammarion, Gallimard, ou Fourbis, sous le signe de la quête tourmentée de rassemblement d’un monde épars, mais également plusieurs essais sur la poésie, Un lieu hors de tout lieu (Galilée, 1979), Critique de la raison poétique (Flammarion, 1987), ou encore Ce qui retourne au silence (Farrago, 2004), ainsi que de très nombreux écrits sur l’art, consacrés aussi bien à ses contemporains (Bacon, Chillida, Giacometti, Tal-Coat, Ubac), qu’aux grandes figures de la peinture internationale (Velázquez, Goya, Caravage, Hopper, Rembrandt). En 1990, il publie Le Partage des mots (Gallimard) véritable autobiographie linguistique et la déchirure du bilinguisme, lui l’enfant d’une mère française et d’un père espagnol. Si son œuvre littéraire est écrite quasiment exclusivement en français, il traduit de nombreux auteurs hispanophones, de Jorge Luis Borges, à Federico García Lorca en passant par Octavio Paz. Président de la Maison des écrivains de 1998 à 2004, il a notamment obtenu le prix Mallarmé pour Conjoncture du corps et du jardin en 1983, le prix Alain Bosquet en 2002 pour Morceaux de ciel, presque rien, le prix France Culture pour Soleil dans une pièce vide (1991), et le Grand prix de poésie de la SGDL lui est décerné en 1997, ainsi que le prix Goncourt de la poésie en 2001 pour l’ensemble de son œuvre. Il meurt en 2006 à Paris, et son dernier livre, La Mort à distance, est publié à titre posthume par Gallimard en 2007.




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